Valéria Milewski — Des mots à l’Être

Valéria Milewski — Des mots à l’Être, lorsque transmettre devient une autre façon de continuer

Il y a des personnes que l’on rencontre un jour, et d’autres avec lesquelles le dialogue semble ne jamais véritablement s’interrompre. Valéria Milewski fait partie de ces personnes.

Depuis de nombreuses années, nos chemins se croisent, nos conversations reprennent là où elles s’étaient arrêtées, puis empruntent d’autres directions, évoluent et s’enrichissent au gré de nos expériences respectives.

Certaines rencontres occupent une place particulière dans une existence. Non pas nécessairement parce qu’elles bouleversent notre vie, mais parce qu’elles nous invitent régulièrement à regarder un peu plus loin que ce que nous pensions connaître.

Avec Valéria, les mots constituent souvent le point de départ.

Mais rarement le point d’arrivée.

Passeur de mots et d’histoires : raconter une vie plutôt qu’une maladie

Lorsque l’on évoque Valéria Milewski, il est naturellement difficile de ne pas parler de Passeur de mots et d’histoires et de son engagement autour de la biographie hospitalière.

Le principe semble presque évident lorsqu’on le découvre : permettre à une personne confrontée à une maladie grave de raconter son histoire.

Mais derrière cette apparente simplicité se trouve quelque chose de profondément humain.

Une personne malade devient très vite, malgré elle, un patient.

Son quotidien se remplit de rendez-vous, de traitements, d’examens, de résultats, de chambres et de termes médicaux.

Pourtant, une personne ne se résume jamais à sa maladie.

Avant le patient, il y avait déjà une vie. Une enfance. Des parents. Des rencontres. Des amours. Des voyages. Des réussites et des échecs. Des moments insignifiants pour les autres mais parfois essentiels pour celui qui les a vécus.

Il y a des souvenirs que personne d’autre ne possède exactement de la même manière.

La biographie hospitalière permet justement de redonner une place à cette histoire.

La parole est recueillie puis devient un livre. Une trace qui appartient à celui ou celle qui s’est raconté et qui peut également être transmise à ses proches.

Aujourd’hui, Passeur de mots et d’histoires indique avoir réalisé plus de 2 000 biographies, tandis que la biographie hospitalière est présente dans 45 services hospitaliers en France.

Derrière ces chiffres, pourtant, il n’y a pas 2 000 dossiers, il y a 2 000 histoires humaines.

Lorsque raconter devient transmettre

Raconter sa vie n’est pas simplement dresser l’inventaire de ses souvenirs. Lorsque nous racontons une expérience plusieurs années après l’avoir vécue, nous ne racontons déjà plus seulement ce qui s’est produit.

Nous racontons aussi ce que nous en avons compris. Avec le temps, certains événements prennent un sens différent, une épreuve peut révéler ce qu’elle nous a appris, une rencontre apparemment anodine peut apparaître comme déterminante.

Raconter oblige parfois à relier les morceaux, et c’est peut-être à cet endroit précis que la transmission commence. Car celui qui reçoit cette histoire ne reçoit pas seulement une succession d’événements.

Il reçoit quelque chose de l’autre, une manière d’avoir aimé, une façon d’avoir traversé une difficulté, une vision de la famille, quelques erreurs aussi, des valeurs.

Des mots que l’on n’avait peut-être jamais osé prononcer auparavant, transmettre une histoire, c’est transmettre une partie de soi.

Et puis nos conversations nous emmènent ailleurs…

Curieusement, lorsque Valéria et moi nous retrouvons, ce n’est pas nécessairement de biographie hospitalière dont nous parlons le plus, nos conversations prennent souvent un autre chemin.

Celui de l’Être. De la conscience. Du sens de notre passage.

De ce que la vie nous enseigne, parfois avec douceur et parfois beaucoup plus brutalement. Nous parlons de ces rencontres qui semblent arriver exactement au moment où elles devaient arriver.

Des synchronicités que chacun interprétera selon ses propres convictions. De ce que nous croyons comprendre de l’existence… et surtout de l’immensité de ce que nous ignorons encore.

Et tôt ou tard apparaît une question qui accompagne l’humanité depuis probablement aussi longtemps qu’elle est capable de regarder le ciel.

Qu’est-ce que Dieu ?…

Je trouve cette question infiniment plus intéressante lorsqu’elle reste une question, Dieu est-il cet être extérieur à nous que les hommes ont tenté de représenter et de nommer depuis des millénaires ?

Ou le mot « Dieu » pourrait-il désigner quelque chose de beaucoup plus vaste ? Une origine, un principe créateur, le Tout.

Cette réalité fondamentale dont la matière, la vie, l’univers et la conscience seraient différentes expressions. Les religions, les philosophies et les traditions spirituelles ont apporté leurs réponses. La science explore quant à elle l’origine et le fonctionnement de l’univers par d’autres méthodes. Mais aucune conversation entre deux êtres humains ne peut prétendre enfermer définitivement une telle question.

Et heureusement.

Je n’ai aucune prétention à savoir ce qu’est Dieu. Je trouve même beaucoup plus féconde l’idée de pouvoir contempler cette question sans immédiatement chercher à lui imposer une réponse. Car vouloir définir complètement ce qui nous dépasse serait peut-être déjà essayer de rendre fini ce que nous imaginons infini.

Que laisserons-nous derrière nous ?

Après toutes ces années, Valéria et moi n’avons plus vraiment besoin de prévoir le sujet de nos conversations, nous nous retrouvons, nous parlons, une idée en entraîne une autre.

Un livre peut nous conduire vers la conscience, une expérience vers la spiritualité, une interrogation sur la vie vers l’univers ou vers Dieu, parfois vers les mots, très souvent vers l’Être, et derrière toutes ces conversations revient finalement une question beaucoup plus simple que toutes les autres.

Que faisons-nous du temps qui nous est donné ? Nous laisserons tous quelque chose, Un souvenir, Une phrase, Une façon d’avoir aimé, Un geste accompli pour quelqu’un sans que personne d’autre ne le sache, Une connaissance transmise.

Peut-être même une simple conversation dont nous aurons oublié les mots mais dont l’autre conservera quelque chose toute sa vie. Nous cherchons parfois très loin le sens de notre passage.

Peut-être qu’une partie de la réponse se trouve simplement dans ce que notre existence aura éveillé, transmis ou laissé vivre chez les autres. Et si quelque chose de nous continue ainsi son chemin dans le cœur d’un autre être humain…

Peut-être est-ce finalement cela, l’une des plus belles magies de l’existence.

Jonathan Caudrelier 🜂 ∴ 🜄  

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